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Entreprise

L'entreprise peut être définie de deux façons, selon que l'on se place du point du vue des propriétaires de l'entreprise ou du point de vue des travailleurs qui, par leur salaire, créent la valeur économique et par leur travail concret, dans l'emploi ou hors emploi, créent la valeur d'usage, les biens et les services concrets.

Pour les propriétaires, l'entreprise est un ensemble d'actionnaires, c'est une direction et une marque, ce peut être un portefeuille d'actifs (et de passifs).

Quand Hollande ou Michel entendent aider l'"entreprise", c'est de cette définition de l'entreprise qu'ils partent, c'est de la définition de l'entreprise des actionnaires. Ils entendent aider les actionnaires, les propriétaires à faire des dividendes, à augmenter leurs profits au nom de l'emploi.

Pour ce faire, on baissera les salaires (socialisés et individualisés), on baissera les impôts acquittés par l'entreprise (ce sont alors les crédits d'impôt ou les intérêts notionnels, en Belgique), on financera les cotisations par le contribuable ou par les caisses de sécurité sociale elles-mêmes.

Tous les contrats d'emploi à sous-statut, tous les contrat aidés entrent dans cette catégorie d'aide aux actionnaires définis comme "entreprise".

L'ensemble des médias mainstream reprend cette acception actionnariale de l'entreprise. C'est sous cette acception que la LSO (la lingua servitutum officiorum, la langue de l'emploi) utilise le terme.

Mais, du point de vue des travailleuses, des travailleurs (qu'ils soient affligés d'un emploi ou non), l'entreprise, c'est tout autre chose.

Ils sont usagers de l'entreprise et cet usage définit un temps passé dans l'entreprise à construire avec un collectif de travail des biens et des services concrets. C'est en ce sens-là que les ouvriers en grève arborent des drapeaux frappés du logo de leur entreprise alors qu'ils ont de bonnes raisons d'être furieux contre les actionnaires de leur entreprise: ils font allusion à ce temps passé ensemble à réaliser des choses concrètes. Ils font allusion au collectif de travail et, quand ils se battent contre une fermeture d'usine, ils se battent pour

- conserver le collectif de travail qui les construit

- conserver le salaire qui les reconnaît comme producteur économique.

De notre point de vue, ces objectifs louables gagnent à se passer d'employeurs et d'actionnaires.

Holacratie (gouvernance d'entreprise)

L'holacratie est utilisée dans l'entreprise lucrative comme mode de gestion du personnel et de la production. Il s'agit d'avoir des équipes autonomes, au sens propre, c'est-à-dire des équipes qui se donnent leurs propres principes de fonctionnement reliées à la direction dans un lien de subordination.

Voyons, en citation, ce que Wikipédia en dit:
L'holacratie est un système organisationnel de gouvernance qui permet à une organisation de disséminer les mécanismes de prise de décision au travers d'une organisation fractale d'équipes auto-organisées. Elle se distingue donc nettement des modèles pyramidaux top-down1.
(...)

Le terme holacratie est dérivé de celui d'holarchie inventé en 1967 par Arthur Koestler dans son livre The Ghost in the Machine. Une holarchie est composée de holons (grec: ὅλον, forme neutre de ὅλος, le "tout") qui sont des entités autonomes et indépendantes mais qui sont reliées à une entité supérieure dont elles font partie. Une holarchie est donc une hiérarchie d'éléments auto-régulés fonctionnant à la fois comme entités autonomes et comme parties d'un tout dont elles sont dépendantes3. Cette vision organique des organisations humaines est fréquemment comparée aux cellules d'un organisme qui sont à la fois autonomes et dépendantes de cet organisme qu'elles contribuent à édifier. 

Dans le toyotisme, par exemple, les différentes équipes gèrent leur production en toute liberté, reliées à la seule direction, d'une part, et d'autre au principe de plus-value, de rentabilité dans le temps comme mode de production.

L'holacratie, le "pouvoir du tout" vend une image de liberté, d'indépendance et d'autonomie alors que le lien de subordination demeure et, surtout, que la liberté sert à augmenter une productivité sur le principe de laquelle les équipes ne sont pas amenées à se prononcer. C'est dire que l'holacratie organise des collectifs de travail qui ne choisissent ni le cadre de travail, ni le but du travail, ni les fins du travail en emploi. L'holacratie organisent des équipes libres pour servir les intérêts et les objectifs d'une direction détentrice exclusive des droits sur ladite production produite en toute liberté.

L'holacratie, la gouvernance d'entreprise, c'est le droit des poules à organiser leur engraissement au mieux pour se préparer à l'abattoir sans qu'elles puissent jamais décider d'aller ou non à l'abattoir, de s'engraisser ou non.

L'holacratie ne touche pas aux seules entreprises. Elle inspire aussi le blabla pseudo-technique de tous les principes de gouvernance. A priori, il peut sembler compliquer de faire le lien entre les deux. Pourtant, si on compare la gouvernance en général et son avorton entreprenarial, on constate que les deux formes d'organisation de la décision permettent d'impliquer, de consulter, les acteurs concernés sur des points de détail tout en les maintenant hors de tout pouvoir de définition du cadre. Le cadre lui-même est posé par la direction, par la hiérarchie. Comme des réunions de "cercles" impliquent les différents acteurs dans des décisions tronquées, dans de fausses alternatives, elles permettent de faire entériner lesdites décisions par les membres des cercles. Il est difficile de rejeter une décision pour laquelle on a été consultés.
Dans le cadre de l'emploi, choisir la division du travail et l'organisation de l'équipe par les travailleurs leur fait entériner de manière pernicieuse le cadre, celui de l'emploi, de l'activité lucrative au bénéfice d'un propriétaire lucratif. 



Retrouvons Wikipédia:
Le fondement de la théorie holacratique repose sur la raison d'être de toute organisation humaine. L'holacratie distingue donc la raison d'être (superordonnante) des personnes qui vont apporter leurs contributions au travers de leurs compétences, aptitudes et potentiels en vue de satisfaire cette raison d'être. En vue de répondre aux exigences dictées par la raison d'être d'un organisme, celui-ci va se structurer en cercles. Chaque cercle a pour objectif de produire ses "redevabilités". Pour ce faire, il est lui-même dépendant de redevabilités produites par d'autres cercles dont il dépend. Chaque cercle dispose d'une large autonomie en vue de rencontrer ses objectifs. Chaque cercle dispose également de trois outils de coordination: la réunion de gouvernance, la réunion opérationnelle et la réunion debout. L'harmonique de ces différentes réunions se crée naturellement. L'objectif visé est une prise de décision s'accompagnant du zéro objection argumentée (mais le fait qu'il en subsisterait n'empêcherait pas la prise de décision). Ceci permet d'assurer un pilotage dynamique de l'action tandis qu'elle est en train de se déployer. Contrairement à la prévision-contrôle qui élabore un plan d'action, lance l'opération pour analyser ensuite les indicateurs qui avaient été préalablement déterminés en vue d'éventuellement modifier le plan initial par boucle de rétroaction. L'holacratie considère chacun des individus qui la compose comme un capteur, un senseur, susceptible d'émettre des signaux. Chacun des individus est orienté vers la production des redevabilités et par là, participe à la raison d'être de l'organisation. L'holacratie permet aux organisations qui y ont recours de bénéficier du savoir ambiant dans leur entreprise, de fonctionner avec davantage de transparence et de susciter plus de motivation dans le chef des travailleurs.
Pour résumer, l'holacratie organise une bureaucratie inflationniste de manière horizontale en apparence pour enregistrer (et amender les détails pour) les décisions de la hiérarchie. L'horizontalité de ce type d'organisation est un leurre, une arnaque, une imposture.

Ceci permet d'instiller une ambiance "cool", un paternalisme nouveau style et de naturaliser la domination en général et la convention capitaliste du travail en particulier.