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Classe sociale

  • Marx 
Le concept de classe sociale a été forgé par Karl Marx. Une classe sociale est construite par un rapport de production.

Un rapport de production, c'est ce qui, dans le cadre d'une vision matérialiste, dans le cadre d'une analyse économique des choses, des rapports sociaux entre les humains, détermine le rôle économique de l'agent et ses rapports à la production matérielle.

Pour Marx, dans l'économie capitaliste, il y a les bourgeois et les prolétaires. Les bourgeois sont propriétaires lucratifs des outils de production. Ils achètent la force de travail d'autrui et en accaparent les fruits par le truchement de la propriété lucrative privée des moyens de production. Ce type de propriété est légale mais cela n'enlève rien de la violence sociale qu'elle charrie.

Les prolétaires n'ont pas accès aux ressources suffisantes pour survivre: ils doivent vendre leur force de travail aux propriétaires. Ils sont mus par ce que les libéraux appellent l'aiguillon de la nécessité. La nécessité obère toute possibilité de liberté pour les prolétaires.

Les prolétaires ne sont pas meilleurs ni pires que les bourgeois. Ils ne sont pas plus vertueux ou moins vertueux, ils ne sont pas plus méritants ou moins méritants. Ils sont (nous sommes) simplement nés du mauvais côté de la barrière.

  • L'anti-employisme

De notre point de vue anti-employiste, nous définirons les bourgeois comme les employeurs (actionnaires, créanciers, banquiers ...) et les prolétaires comme les producteurs (celles et ceux qui touchent des salaires sous toutes leurs formes, employés, ouvriers, retraités, chômeurs, invalides, vacanciers et créent la valeur économique par leurs salaires).

Mais l'appartenance à un groupe ou à un autre n'est pas exclusive. On peut imaginer des rapports de production qui se combinent (un petit boulanger propriétaire de son outil de production avec quelques actions, etc.) et on peut imaginer un agent social qui ne soit ni producteur ni bourgeois tel un Papou.

Marx définit les rapports de production sous l'angle du travail. Le prolétaire doit travailler pour le bourgeois qui pille les fruits du travail du prolétaire.

Nous nuançons quelque peu ce point de vue. Le concept de travail doit être un peu précisé.

Le travail abstrait, c'est la création de valeur économique par le truchement du salaire (voir ici). C'est ce travail-là que le capitalisme régit, enrégimente et stérilise. En embrigadant le travail abstrait, la création de valeur économique par le salaire, création parasitée par la propriété lucrative, le capitalisme fixe les limites de la légitimité du travail concret, du processus vivant d'humanisation du monde par l'acte. Il détermine quel travail concret sera légitime, quel travail concret sera illégitime, quel travail concret sera rémunéré et quel travail concret sera interdit.

Le capitalisme, par le truchement du travail abstrait détermine qui fait quoi, comment et pourquoi. En déterminant le travail concret, le capitalisme comme logique gère les ressources naturelles et humaines au mieux des intérêts lucratifs des propriétaires, des employeurs et au détriment des intérêts des producteurs, des créateurs de valeur économique par le salaire.

  • La lutte des classes

Ce faisant, le capitalisme crée des rapports de production irréconciliables entre employeurs et producteurs - même si l'appartenance à l'une de ces classe n'est pas exclusive ni obligatoire. Les intérêts des classes différentes sont opposés. Ils construisent la lutte des classes.

Dans le cadre de cette lutte de classe, il est de l'intérêt des producteurs de dénoncer l'emploi, leur joug de classe et il est de l'intérêt des employeurs d'affirmer, de légitimer et d'universaliser l'emploi au contraire.

Certains producteurs, certains syndicats ou certains partis politiques censés représenter les producteurs épousent la cause de la classe opposée. Ils trahissent les intérêts matériels de la classe des producteurs ce faisant. L'employé qui dénonce les chômeurs, qui veut les activer, les contrôler, par exemple, va se voir piquer son boulot par un ... des anciens chômeurs; le syndicat qui laisse les chômeurs se faire plumer va perdre des adhérents et de la légitimité politique, etc.

Économie

Du grec ancien, οἰκονομία / oikonomía, l'administration du foyer. Il ne s'agit en aucun cas de chrématistique qui est la science de la vénalité mais de gestion des ressources en fonction des besoins.

Le concept est tellement (mal) utilisé qu'il semble difficile à cerner tant il a été récupéré par les financiers et leurs laquais plus ou moins savants, les chrématisticiens. Pour expliquer concrètement ce qu'est l'économie, il me vient un exemple concret qui l'illustre à merveille.

Invité par une ASBL d'aide à l'enseignement dans le tiers-monde, j'entendis le récit d'une petite communauté au Laos. 

Une sœur y a construit de ses mains fragiles (décidées et efficaces, je paraphrase) une école qui recueille les orphelins, en prend soin et les forme jusqu'à l'âge adulte. Il en sort des mécaniciens, des couturières, des universitaires, des gens simples, des gens très formés, tous qualifiés.

La présence de cette communauté a réveillé un village qui s'assoupissait. Elle a repeuplé des montagnes abandonnées des jeunes. Elle a redonné une perspective à une jeunesse jusqu'alors condamnée à crever plus ou moins rapidement de faim.

La sœur laotienne se fait aider par quelques dons (ce sont les entrées économiques). En échange, elle qualifie une main d’œuvre qui, de ce fait, pourra produire une valeur économique énorme (ce sont les sorties, incontestablement plus élevées en terme de valeur que les entrées). Je ne parle pas nécessairement de valeur d'échange mais de valeur économique, de ce qui a de l'intérêt comme ressource pour le foyer.

Au sein du foyer, de la petite communauté, les mécaniciens arrangent les vélos des couturières, les couturières réparent les vêtements des cuisiniers, les cuisiniers se font soigner par un médecin sortie des rangs de la petite communauté. Le médecin va soigner aussi les mécaniciens. Une partie de la communauté s'occupe de cultiver ce qu'il faut pour tous mangent, etc.

Indépendamment de ce qui l'inspire, ce projet montre une économie pratique, une valorisation des qualifications mutuelle. L'humain y a été considéré non comme une ressource mais comme une source de vie et, ce faisant, l'est devenu. La communauté est prospère grâce à une saine pratique de l'économie.

Marché

Dans l'article éponyme, nous avons parlé de la marchandise et de la logique qu'elle induisait quand la valeur dont elle était porteuse devient l'objectif de la production économique.

Le fétichisme de la marchandise est la logique capitaliste par excellence, à savoir, pour Marx:

(1)
M-C-C'-M'

avec M=la valeur des marchandises initiales (en termes comptables, les consommations intermédiaires, ce qu'il faut acheter pour produire)
avec C=la valeur du capital investi (salaire et investissements)
avec C'=la valeur du capital après le travail (la différence entre C et C', est la valeur ajoutée, produite exclusivement par les travailleurs, hors emploi et dans l'emploi)
avec M'=la valeur des nouvelles marchandises qui réalisent C', que permet d'acheter le capital constitué.

Le principe de cette équation, de ce mouvement de la marchandise, c'est l'accumulation. Nous l'avons vu, l'accumulation s'inscrit dans une logique exponentielle, c'est une arnaque type pyramide de Ponzi.


Pour autant, il nous faut distinguer la logique de la marchandise, le capitalisme du marché lui-même. Le marché est l'ensemble des biens et des services, des productions économiques qui ont un prix. Tous les biens et les services qui ont un prix ne sont pas nécessairement produit de manière capitaliste.

La logique capitaliste repose sur quatre institutions selon l'économiste Bernard Friot:

1. La propriété lucrative des moyens de production permet aux actionnaires ou aux créanciers de s'accaparer les fruits du travail des employés, ils s'attribuent aussi bien les dividendes que la gestion des investissements - tous produits par le travail des employés et des hors emploi.

2. La convention du travail capitaliste mesure la valeur produite par le travail en comptant le temps. Ceci marque profondément le travail concret dans les usines, dans les bureaux. Il faut aller vite et produire le plus rapidement possible de la valeur.

3. La concurrence organise l'activité. Il faut être plus rapides que les autres, il faut produire davantage de valeur ajoutée par unité de temps, etc. L'emploi est organisé par un marché du travail. Le temps humain est alors une marchandise comme une autre. Le but des employeurs est logiquement d'en diminuer le coût.

4. Le crédit privé finance l'investissement et la dépense. Ce crédit est assorti de taux d'intérêt qui, combinés à une échelle macro-économique, constituent eux aussi une fonction exponentielle qui concentre mécaniquement la richesse. 

On peut imaginer

- des marchandises à prix disponibles sur un marché qui ne soient pas capitalistes.
Par exemple: les marchandises d'un petit artisan sans dette; la part du prix de toutes les marchandises qui correspond à la valeur produite hors du capitalisme par les retraités, les chômeurs, les malades, les médecins, les instituteurs ou les fonctionnaires. Cette part du prix est intégrée via l'impôt pour les salaires des fonctionnaires ou les cotisations sociales pour les salariés hors emploi.

- des marchandises à prix disponibles sur le marché qui soient capitalistes.
C'est le cas de tout ce qui est produit par des sociétés à actions privée dans un but lucratif. Les sodas, les meubles ou le ciment en font partie.

- des biens et des services sans prix qui soient capitalistes.
C'est le cas des dépenses de l'État, les dépenses d'énergie, d'infrastructure ou de restauration immobilière, par exemple. Elles ne coûtent rien directement, elles sont intégrées dans les prix des autres marchandises par l'impôt mais elles sont produites par des sociétés privées selon la logique capitaliste.

- des biens et des services sans prix qui ne soient pas capitalistes.
C'est le cas aussi bien de l'économie domestique vampirisée par l'économie lucrative que des services publics gratuits - les écoles, les hôpitaux, les commissariats, les casernes de pompier, les routes (sauf si elles sont sous-traitées au privé), etc.

Pour quitter l'emploi, il faut nécessairement quitter la logique capitaliste ce qui n'implique pas nécessairement de quitter le marché, l'échange de marchandises à prix - la gratuité est un objectif louable mais qui ne constitue pas en soi une sortie de l'emploi. La gratuité doit être intégrée dans les prix des marchandises à prix et, à l'extrême, si une seule marchandise à prix se trouve sur le marché, elle doit intégrer dans son prix toute la valeur ajoutée utiles aux salaires et aux investissements de toute la production économique gratuite - ce qui la rendrait assurément impayable, sauf à travailler pour rien mais c'est là une démarche qui risque de mettre à l'encan les acquis des luttes féministes ou des luttes antiesclavagistes.

Le Consensus de Washington

Cet article est disponible en PDF ici

Nom donné aux dix mesures que préconisait l'économiste John Williamson aux États surendetté en 1989.

Ces mesures mises en œuvre à de nombreuses reprises depuis n'ont jamais montré la moindre efficacité.

Par contre, elles luttent très efficacement contre les salaires et les conditions de travail et rendent la main-d’œuvre des pays concernés corvéable à merci. En Europe, ces mesures ont encore inspiré les mesures prises en Grèce, en Espagne mais même en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Belgique ou en France contre la fonction publique et les chômeurs ces dernières années. Elles provoquent indiscutablement une régression économique et un chômage de masse.

Elles sont pourtant toujours défendues par les créanciers internationaux institutionnels tels que le FMI ou la Banque mondiale.

Voici la liste obligeamment livrée par Wikipédia: 
1. Une stricte discipline budgétaire ;
Dépenser moins contracte les salaires. Ceci induit une crise de surproduction en déprimant la demande (si cette crise est déjà là au moment où se prennent les mesures, elles l'aggravent). 
2. Cette discipline budgétaire s'accompagne d'une réorientation des dépenses publiques vers des secteurs offrant à la fois un fort retour économique sur les investissements, et la possibilité de diminuer les inégalités de revenu (soins médicaux de base, éducation primaire, dépenses d'infrastructure) ;
En contractant les "dépenses" d'éducation, de formation, de recherche scientifique, ce sont des "investissements" que l'on diminue. En diminuant les investissements, on réduit la capacité économique du pays. Le pays produira moins de valeur ajoutée puisque les travailleurs seront moins qualifiés, seul subsistera le travail sans qualification qui ne génère que très peu de valeur ajoutée. De même, l'abandon des infrastructures publiques obérera le tissu industriel.
3. La réforme fiscale (élargissement de l'assiette fiscale, diminution des taux marginaux) ;
Moins de recette par l'impôt, c'est une diminution des salaires réalisés par les fonctionnaires sur le prix des marchandises. C'est également une mesure qui ampute le PIB, qui diminue l'activité économique dans ce qu'elle a de plus intéressant puisqu'elle étête l'activité non capitaliste. Ce genre de mesure pousse les rapports de production à l'avantage des propriétaires lucratifs. Il ne subsiste que la rémunération à la force de travail et l'aiguillon de la misère.
4. La libéralisation des taux d'intérêt ;
Cette mesure avantage les créanciers, les propriétaires lucratifs. Les plus riches sont certains de s'enrichir mais, globalement, le tissu économique du pays s'anémie.
5. Un taux de change unique et compétitif ;
Cette mesure prive les États endettés d'un levier précieux pour rétablir la balance du commerce extérieur: la dévaluation. La valeur de l'argent est maintenue à tout prix, surtout au prix du chômage (la politique de chômage optimal s'appelle le NAIRU). Les pauvres paient la valeur de l'argent, ils sont privés de tout salaire et de toute voix au chapitre économique.
6. La libéralisation du commerce extérieur ;
Tous les États endettés qui s'en sont sortis ont dû passer par le protectionnisme. Cette libéralisation du commerce extérieur est simplement criminelle. Elle empêche en tout cas durablement toute reprise économique et permet aux pays en pleine santé économique de conserver des débouchés pour leur production avec un partenaire commercial complètement sonné.
7. Élimination des barrières aux investissements directs de l'étranger ;
 Très en phase avec le libéralisme débridé des autres mesures, cette mesure assume implicitement que c'est l'investisseur qui crée la richesse, que c'est lui qui fait tourner l'économie alors qu'il en accapare la richesse. Rappelons que des États-Unis à la Chine en passant par la Grande-Bretagne ou la France, toutes les puissances économiques se sont construites en protégeant leurs frontières.
8. Privatisation des monopoles ou participations ou entreprises de l'État, qu’il soit — idéologiquement — considéré comme un mauvais actionnaire ou — pragmatiquement — dans une optique de désendettement ;
C'est surtout la fonction publique qui est attaquée par cette mesure. L'idéologie qui se cache derrière, c'est le refus d'une forme alternative, d'une forme non-capitaliste de la marchandise. Seuls doivent subsister les propriétaires lucratifs, le marché de l'emploi, la rémunération à la force de travail. Le XIXe avec ses crises croissantes en importance et en fréquence, le XIXe et ses rentiers grassouillets.
9. La déréglementation des marchés (par l'abolition des barrières à l'entrée ou à la sortie) ;
L'avantage de cette mesure, c'est qu'il ne lui faut que quelques années pour aboutir à des krachs financiers apocalyptiques. Là dessus, qu'ils se débrouillent, qu'ils ferment la bourse, cela nous est tout à fait égal.
10. La protection de la propriété privée, dont la propriété intellectuelle.
Ces mesures impliquent une adhésion sans réserve au libéralisme comme type de (non) régulation de l'économie alors que cette doctrine économique a été remise en cause sans démenti depuis le milieu du XIXe. La seule chose qui ait permis au libéralisme de survivre, c'est l'augmentation régulière, obtenue par la lutte, des salaires. Or, c'est précisément ce que sapent ces mesures.

Marchandise

La marchandise est une réalité quotidienne dont la nature échappe souvent du fait de son évidence-même.

Il s'agit d'un bien ou d'un service. La marchandise peut être matérielle ou immatérielle. Dans tous les cas, elle concentre du temps de travail humain sous forme de valeur économique.

  • La logique de la marchandise

Les marchandises sont dotées d'une dimension, d'une qualité supplémentaire. Outre leur poids, leur nature, leur odeur, leur taille, elles sont également affligées d'une valeur économique. Cette valeur économique, dite valeur d'échange, rend toute marchandise interchangeable: telle quantité de la marchandise A vaut telle quantité de la marchandise B. Cette propriété supplémentaire rend les marchandises comparables et ce quelle que soit leur nature par ailleurs, quel que soit l'attachement dont elles peuvent faire l'objet.

C'est dire que, au-delà de la matérialité de l'objet (ou de la nature du service), la marchandise s'inscrit dans une logique particulière. Dans la mesure où la comparaison, l'interchangeabilité de toute marchandise devient la cause de sa fabrication, la logique de la marchandise s'incarne dans la marchandise.

La propriété supplémentaire, la notion de comparabilité des choses produits, induit une logique, une causalité. Elle détermine la production, puis les conditions de la production et enfin, la consommation et les modalités de la société de la marchandise.

Cette propriété prend alors le pas sur les autres propriétés: on ne fait plus un bien, on ne preste plus un service pour les qualités intrinsèques du bien ou du service; on le fait parce qu'il a une valeur économique. Cette motivation de l'acte productif - la valeur économique associée au bien ou au service - va modeler l'outil de production, la nature de la production, le management, la gestion de la production et va définir le bien produit, va construire les attentes en terme de travail, elle va déterminer les critères d'appréciation du travail: ne sera plus bon ce qui est bon, utile, gai à faire, beau mais ce qui vaut. On ne fera pas ce qu'on aime faire ni ce qu'on fait bien, on fera ce qui rapporte.

En termes marxistes, on symbolise la logique de la marchandise par M-C-M' avec M', la valeur augmentée de la nouvelle marchandise issue de l'investissement d'un capital C dans une marchandise M (et, dans cette marchandise est inclus du travail). Cette équation temporelle: existence de matières premières, investissement dans un capital puis transformation en nouvelle marchandise - c'est là que réside le chiffre de l'opération, le principe causal de l'opération, ce qui va en déterminer la nature, les modes et l'organisation - qui vaut davantage. Il y a plus-value possible dans la marchandise, ce qui en détermine la logique, le mode de production.

  • Marchandise et mode de production

Les marchandises sont soumises à concurrence. Ce qui en fonde finalement la valeur, c'est le temps humain de travail vivant qu'elles cristallisent. Ceci affecte le travail: l'inutile en est banni, le beau, la flânerie, le temps de réflexion deviennent les ennemis mortel de l'utilitarisme productif. L'efficacité devient la productivité, c'est-à-dire la capacité à générer de la valeur ajoutée par unité de temps. Pour la maximiser, on va mettre en œuvre toute sorte de managements, on va gérer le personnel comme on gère un bien de famille pour en tirer le maximum de profit.

De même, l'acquéreur sera pris dans cette logique de la marchandise. Il devra en jauger le prix, intégrer cette donnée dans sa stratégie d'acquisition.

Comme le producteur devra vendre le bien ou le service devenu marchandise, il devra pousser le consommateur à l'acheter. C'est alors la mise en scène de la publicité et l'euphémisation de la production, c'est alors dans les médias de masse, l'invention d'un monde en carton-pâte où le profit recherché est toujours tu, où la fabrication de la marchandise est toujours ou niée ou romancée mais toujours cachée, où le moteur de la logique de la marchandise est toujours étouffé sous des logiques assez créatives de manipulation mentale.

Las, in fine, le consommateur ne dépensera que ce qu'il a, son salaire

  • Mode de production vs mode de gestion

La logique de la marchandise, la logique des institutions capitalistes de la valeur, de l'emploi ou du crédit déterminent le mode de production - qui va produire, pourquoi, comment et selon quelles modalités. Le fait que des équipes aient une marge de manœuvre dans certains modes de gestion de la production ne change pas l'organisation de la production, les institutions, le travail abstrait qu'elle met en œuvre.

On peut s'installer comme indépendant ou comme société coopérative, on peut nationaliser l'outil de production en en attribuant la propriété à des fonctionnaires-gestionnaires. On peut, alors, gérer sa production de manière plus humaine, plus respectueuse de l'environnement mais, dans cette production, on demeure dans le mode de production capitaliste du fait de la concurrence:

- On produit et on vend des marchandises.

- On crée de la valeur ajoutée dans la mesure où le prix et les frais diffèrent.

- Cette valeur ajoutée est finalement fonction du temps humain de travail vivant.

- Les pratiques de production, le travail concret, seront déterminées par la concurrence, elles devront être comparables en terme de prix et donc de valeur ajoutée à ce qui se fait ailleurs.

De ce fait, le mode de production demeure inchangé, quel que soit le choix de gestion. La logique de production demeure dans ce qu'elle a d'inhumaine, d'improductive ou de prédatrice, aussi bien intentionnés que soient les actionnaires, le propriétaire, le travailleur indépendant ou les coopérateurs.

Prix

Le prix a deux aspects pour le travailleur.

  • La consommation

Le prix détermine ce qu'il peut acheter avec son salaire, il en fonde la valeur. Si l'inflation mange les salaires - comme ce fut le cas dans les années 40 - le travailleur doit demander une augmentation de salaire pour conserver le même niveau de vie.

  • La production

Pour autant, dans la mesure où les salaires suivent les prix, le travailleurs n'a pas nécessairement intérêt à des politiques anti-inflationnistes, à des politiques de maintien des prix: elles génèrent un chômage de masse et, inversement, le chômage de masse permet le maintien des prix, il empêche l'inflation (c'est le principe du NAIRU).


Mais, d'un autre côté, le salaire est une des composantes du prix. Dans le prix d'une marchandise, nous avons

  1. - les frais (achat de matières premières, transport, énergie ...), ce que les comptables appellent les consommations intermédiaires
  2. - les salaires socialisés (par l'impôt et par la cotisation sociale) réalisés par les récipiendaires de la sécurité sociale et par les fonctionnaires. Cette partie du prix est réalisée de manière non capitaliste (voir ici)
  3. - les salaires individuels
  4. - les dividendes des propriétaires lucratifs
  5. - les investissements
  6. - les profits, éventuellement distribués aux créanciers (qu'on peut à bon droit considérer comme des propriétaires lucratifs également)

L'ensemble de ces éléments forme le prix.

La concurrence entre compétiteurs porte sur les seuls prix.

Comme les propriétaires lucratifs ont le monopole de la décision, s'ils sont confrontés à la concurrence, ils auront tendance à baisser les parties du prix qui ne les affectent pas, à baisser, notamment, la part des salaires (individuels ou sociaux).

Fiche de paie

Nous nous sommes amusés à vous présenter une fiche de paie alternative, à partir des chiffres moyens belges de 2012 de la BNB.

En prenant un salaire individuel de 1350€, nous avons, en résumé de ce qui suit:

Salaire individuel (avec la TVA): 1350€
Salaire réalisé par les fonctionnaires: 850€ (par l'impôt, 650€ et par la TVA, 200€)
Salaire socialisé réalisé par les salariés sociaux: 950€

Total salaires: 2950€ mais 180€ sont repris par les entreprises sous forme d'aides diverses (soit l'équivalent de deux fois ce que réalisent les chômeurs ou presque l'entièreté de la TVA), soit un total, pour les salaires, de 2770€

Ponction des propriétaires lucratifs sur la valeur ajoutée: 1280€ - dont 680€ en investissement et 300€ en dividendes. Cette ponction se fait au détriment des salaires.

La ponction des propriétaires lucratifs correspond à un taux de surtravail de 95%. Si vous travaillez une heure pour vous (les retraités et les fonctionnaires ne vous coûtent rien), vous travaillez ensuite 57 minutes pour les actionnaires. Sur une journée de huit heures, vous travaillez 4h12 pour vous et 3h48 pour les propriétaires. Il s'agit d'une moyenne pour tous les salariés. Les salariés du privé assument seuls ce surtravail et réalisent donc un taux de surtravail beaucoup plus élevé.

Nous avons donc:
Les salariés sous emploi réalisent 2630€ parmi lesquels les actionnaires ponctionnent 1280€ au titre de propriété lucrative.

Les salariés hors emploi réalisent 950€.

Les fonctionnaires réalisent 850€.

  • Explications
Salaires

Salaire individuel brut: 2000€ - sur base d'un total de 129 milliards d'€. Sur ces 2000€, 650€ sont réalisés par les fonctionnaires et 1350€ par le salarié, sans tenir compte de la TVA.

Salaires socialisés réalisés par ailleurs, en proportion du salaire individuel, par les parents, les malades, les retraités, les chômeurs ou les invalides: 1400€, avec
- par les cotisations sociales (salarié ou patronale, peu importe): 950€ - sur une base de 60 milliards d'€.
- par les impôts (essentiellement prélevés sur les salaires et la consommation): 450€ - sur une base de 30 milliards d'€


Une partie de ces salaires socialisés est volée aux salariés et est reversée aux propriétaires lucratifs d'entreprise à hauteur de 180€, il s'agit des réductions de cotisation (90€) ou des subventions salariales (90€ dont 45€ à charge de la sécurité sociale et 45€ à charge des contribuables).

Si les salaires socialisés sont supprimés, ils disparaissent du PIB. Ils ne coûtent rien aux salaires, rien aux entreprises.

Parmi les 1400€ de salaires socialisés,
les chômeurs réalisent 95€
les retraités réalisent 300€
les malades réalisent 270€

La Fonction publique réalise, via l'impôt 1700€. Elle intègre les salaires des enseignants, des fonctionnaires, des infirmières, des policiers ou des militaires, par exemple.

Elle intègre aussi la coûteuse rémunération de la dette à hauteur de 190€. Il ne s'agit pas du remboursement de la dette, d'ailleurs, mais de la rémunération de créanciers déjà remboursés plusieurs fois.


Le brut et le net
Sur les 2000€ de revenu brut, l'impôt va prélever (il s'agit d'une extrapolation à partir d'une moyenne) 650€ en impôt sur le revenu et 200€ de TVA.

Soit un salaire super net (sans TVA, donc), de 1150€ (sans tenir compte de la TVA, il s'agit de 1350€)
Des impôts de 1150€, prélevés sur les salaires mais réalisés (pour la fonction publique) par les fonctionnaires (après impôts, cela leur donne un peu plus de 500€).


Bénéfices
Résultats pris sur l'activité des salariés par les actionnaires: 600€

Investissements pris sur l'activité des salariés, dont la propriété et la décision leur échappe: 680€

Dividendes - vol pur et simple de la valeur ajoutée créée par les salariés: 300€


Masse salariale

ou payroll en anglo-américain.

La définition de la masse salariale est un enjeu politique.

Dans l'absolu, on peut y intégrer

- les salaires socialisés (cotisations sociales, indemnités de vacances et impôt)

- les salaires individuels (avec la fiction du brut et la réalité du net).

Nous considérerons, pour notre part, que les cotisations salariés et les cotisations patronales sont toutes deux des salaires socialisés réalisés par les récipiendaires (chômeurs, pensionnés, invalides - voir ici), nous considérerons de même que les fonctionnaires réalisent la part de l'impôt collecté en leur nom.

La gestion des salaires est l'objet d'appétits féroces de la voracité des propriétaires lucratifs. Nous rappelons que

- les salaires sociaux appartiennent aux salariés seuls.
Historiquement, ils ont été obtenu comme augmentation de salaire par les salariés.
D'un point de vue comptable, ils apparaissent dans la masse salariale - à l'instar des congés payés que n'intègre pas la masse salariale budgétaire.

- les impôts appartiennent exclusivement à celles et ceux qui en réalisent la valeur, les fonctionnaires.

En conséquence, la gestion des salaires socialisés doit être exclusivement du ressort des salariés (voire des salariés sociaux, des chômeurs, des invalides, des parents, des malades ou des retraités).

La fonction publique doit être exclusivement organisée par les fonctionnaires qui réalisent la valeur qu'ils touchent par leur salaire.

La prétention du gouvernement et du patronat à gérer les caisses de salaire social doit être dénoncée comme un de vol et doit être poursuivie selon le droit pénal en vigueur. Ces salaires appartiennent de plein droit soit aux allocataires, soit aux fonctionnaires et à personne d'autre - même si les salariés sous emploi peuvent logiquement prétendre co-gérer ces instances en tant qu'intéressés futurs, passés ou, pour les vacances et les allocations familiales - présents.

PIB

  • Définition

Le PIB est la somme de l'ensemble de la valeur ajoutée (voir l'article ici) créé à l'échelle d'un pays. La valeur ajoutée intègre la valeur créée par n'importe quelle activité économique, qu'il s'agisse de drogue, d'industrie du loisir, qu'il s'agisse d'industrie ou de services. Le PIB omet d'intégrer les dégâts causés par la création de valeur économique à la valeur d'usage. Si une entreprise empoisonne une riante vallée pour produire de la valeur, la seule mesure du PIB n'intégrera que la cette production de valeur économique sans tenir compte des coûts environnementaux et humains de cette production. En tant qu'indicateur économique, le PIB est donc à prendre avec énormément de précautions.

  • Le Bonheur National Brut

Le Bhoutan lui préfère la notion de Bonheur National Brut. Cet indice, plus pertinent en terme de valeur d'usage, se compose de
- la croissance et le développement économiques responsables;
- la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise;
- la sauvegarde de l'environnement et la promotion du développement durable;
- la bonne gouvernance responsable (Wikipedia).

Le PIB est une mesure de l'économie partiale et partielle, il induit une vision de la valeur non neutre et réduit la compréhension de la valeur à sa seule dimension économique, elle même objet de la lutte de classes.

  • PNB-PIB

On distinguera le PNB, le produit national brut qui est la valeur ajoutée créée par les nationaux du PIB, le produit intérieur brut, la valeur ajoutée créée sur le territoire d'un pays. Le PIB s'est imposé face au PNB avec la décolonisation et la liberté de circulation des capitaux et des propriétaires lucratifs: cela n'avait plus de sens de lier la mesure de la valeur à la nationalité (ce qui permettait d'y intégrer les colonies) mais le territoire est devenu l'unité de base de mesure (ce qui permettait d'y intégrer les fruits de l'activité des immigrés).

  • Enjeux politiques du PIB

La mesure du PIB est un enjeu politique. Sa variation détermine le succès ou non de politique - on notera que, à l'aune de ce thermomètre, toute les politiques d'austérité sont un échec patent et toutes les politiques d'investissement social sont des réussites.

Pour maintenir l'illusion d'une croissance, l'année dernière, une partie de la recherche et du développement a été intégrée dans le calcul du PIB. Ceci est une hérésie comptable puisque la valeur ajoutée est la différence entre les prix et les frais - or les investissements de recherche et de développement sont des frais et doivent donc être décomptés de la valeur produite, sauf à être comptés deux fois, une fois dans le prix qui les intègre et une fois en les enlevant des frais de fonctionnement de la production.

Ce petit truc a permis de gommer pour partie l'anémie actuelle de la production de valeur, du PIB.

Par ailleurs, la Commission européenne jamais en panne de mauvaises idées, envisage d'intégrer la prostitution ou le trafic de drogue dans le calcul du PIB (voir l'article du Monde ici). En intégrant ces secteurs ouvert à toutes les spéculations intellectuelles puisque personne ne déclare ses revenus illicites, on pourra artificiellement augmenter le PIB l'année où on les intègre, c'est-à-dire au moment où l'austérité est à son maximum. Il s'agit d'un subterfuge grossier pour masquer la crise économique que provoquent les politiques d'austérité.

  • Pertinence du PIB

Par contre, la notion de PIB a ceci d'intéressant qu'elle concentre la réflexion sur la production de valeur et non sur la production de biens et de services. On notera, par exemple, que l'agriculture européenne a pour ainsi dire disparu comme productrice de PIB alors que, quantitativement (mais pas qualitativement, nous sommes bien d'accord), elle a augmenté ses volumes.

Cette façon de voir les choses ouvre une brèche pour valoriser la valeur ajoutée créée hors emploi (par salaires socialisés ou par qualification à la personne) et pour dévaloriser ce qui est produit en masse, à bas prix.

Comme le rappelle un ami, lecteur attentif de wikipédia:

Agents économiques produisant la richesse calculée par le PIB :
- LES MENAGES
- LES ENTREPRISES
- LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES

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En tant qu'indicateur économique principal de mesure de la production économique réalisée à l’intérieur d'un pays donné, le PIB vise à quantifier — pour un pays et une année donnés — la valeur totale de la « production de richesse » effectuée par les agents économiques résidant à l’intérieur de ce territoire (ménages, entreprises, administrations publiques).

Revenu de base

Article disponible en PDF ici

Ce document accessible ici est l’œuvre de Philippe Defeyt et Marc de Basquiat. Comme il s'agit d'explorer une piste qui est censée redéfinir nos rapports au travail, nous avons suivi de manière critique les deux auteurs. En aucun cas, notre critique ne veut saper une initiative, décourager un idéal ou saboter une démarche mais, au contraire, nous essayons de comprendre en quoi cette démarche affaiblit l'emploi et en quoi elle le renforce.

Fig. 1
Tout d'abord, la représentation de l'économie dans ce document fait l'impasse sur
- les actionnaires, les propriétaires lucratifs de l'entreprise qui touchent un revenu sans travail
- les conditions d'organisation du travail, ce qui le structure

C'est-à-dire que, dans cette représentation, les profits n'existent plus et les conditions de travail, les conditions dans lesquelles s'effectuent les tâches de production sont évacuées. Le travail rémunéré (c'est-à-dire l'emploi) s'inscrit dans un monde hors contexte, c'est une fatalité sans lien avec un rapport de force.

De même, le document (Fig. 1) parle de redistribution sans faire allusion à la distribution. Pour rappel, la valeur ajoutée est distribuée entre les revenus du travail, les investissements et les revenus du capital. Cette distribution intègre dans les revenus du travail aussi bien les salaires directs que la sécurité sociale. Le fait de supprimer toute allusion à cette distribution nie tous les conflits dans la production entre les classes de producteurs et les classes de propriétaires.

La redistribution vient après la distribution première, grand impensé du document, pour pallier ses excès, pour lisser ses injustices, pour compenser ses dysfonctionnements.

L'enjeu peut sembler oiseux mais il s'agit, de notre point de vue, de savoir quel est le cadre du travail. Il ne s'agit pas tant, de notre point de vue, de pouvoir rester oisif mais de pouvoir développer son activité, sa créativité humaine. S'attacher à la seule redistribution, après une distribution primaire impensée, fait l'impasse sur la justice et sur les rapports de classe et, surtout, ne permet pas de construire une évolution du cadre du travail aujourd'hui corseté par l'emploi.

Le document développe ensuite des stratégies pour rendre la répartition des revenus moins inégale. Il s'agit là d'une intention très louable à laquelle nous ne pouvons que souscrire au regard de la prolifération de la misère dans une société riche mais cette intention, pour louable qu'elle soit, ne redéfinit en rien la convention de l'emploi et ne bouge en rien les lignes de force qui empoisonnent le quotidien des producteurs avec ou sans emploi. L'égalité ou l'équité de revenu ne dépasse pas la violence sociale de l'emploi et de la soumission du producteur au propriétaire et de l'acte productif au profit.

Fig. 2

La figure deux montre une confusion extrême entre la distribution et la redistribution. La distinction des deux niveaux permet de penser les rapports sociaux dans l'emploi dans la mesure où la pression de l'emploi s'effectue au niveau de la seule distribution. Le salaire brut, les retraites, les allocations familiales ou les cotisations sont issus de la distribution alors que CSG ou les APE sont issus de l'impôt et, donc, de la redistribution. Cette confusion permet également d'oublier les 700 milliards € de profit ponctionnés par les actionnaires en France chaque année sur le travail. Comme les propriétaires lucratifs sont absents de l'équation économique, ce sont les producteurs qui doivent se débrouiller entre eux avec le peu que ces actionnaires leur laissent sans leur demander de comptes. C'est pourtant le système de propriété lucrative qui empêche la liberté de travail, qui empêche la liberté d'investissement et les soumet au carcan de la rentabilité et de la concurrence.

De même, dans la partie financement, le document parle de taxer les revenus des classes moyennes (les riches fraudent facilement l'impôt) et non d'augmenter le salaire.

La tentation d'apaiser les rapports sociaux, de gommer la conflictualité sociale peut faire oublier les enjeux du salaire.

Formuler le problème en terme de besoin divise l'humanité en 'assistés parce qu'il faut bien' et en une élite productrice, seule légitime à produire les richesses. Cette façon de voir fait l'impasse sur la production gratuite et sur la nature sociale de l'économie, de la production.

Pour finir, le document présente les salaires et les cotisations (qu'il s'obstine à nommer des 'charges' patronales) comme des coûts. C'est un renversement des choses assez vertigineux. Les salaires et les cotisations (les salaires socialisés) ne sont évidement pas des coûts pour l'employeur - sinon, il se réjouirait des grèves - mais la source de tous ses profits.

Globalement, le système du revenu de base proposé dans ce document parvient à l'exploit de ne rien changer au monde du travail, au monde du chômage, aux profits, à la propriété tout en considérant les pauvres comme des êtres de besoin à aider. Les changements souhaités seront financés par l'impôt - forme de financement qui épargne de facto les plus riches, les revenus du capital.

Par contre, l'impact négatif du revenu de base sur les salaires est complètement ignoré. Polanyi dans La Grande Transformation avait pourtant expliqué cet effet pour l'ancêtre du revenu de base, le Speenhamland Act. Il s'agissait d'un revenu garanti pour tous, un revenu misérable correspondant à l'actuel seuil de pauvreté, qui avait permis aux employeurs de baisser les salaires du montant du revenu de base. Les classes moyennes se sont appauvries à financer ce revenu par une taxe sur le patrimoine (c'est à peu près ce que propose le document).

Le jour où les grands industriels anglais ont eu besoin de bras, les autorités ont coupé le Speenhamland Act et les miséreux se sont alors précipités à l'usine pour être employés au tarif et aux conditions déterminées par les propriétaires.

Usure

  • Définition

L'usure désigne aujourd'hui un prêt à un taux excessif, comme les microcrédits au Maroc, par exemple (voir ici).

  • Histoire dans le christianisme

Mais, autrefois, l'usure désignait tout type de prêt avec intérêt. L'Église catholique avait condamné l'usure (quel que soit le taux d'intérêt, donc) au Concile de Nicée au VIIIe siècle. Charlemagne a repris cette condamnation sans équivoque dans ses Capitulaires.

Cette condamnation de l'usure vient aussi bien des Évangiles que du mépris d'Aristote pour la chrématistique. Pour citer Thomas d'Aquin:

Recevoir un intérêt pour l’usage de l’argent prêté est en soi injuste, car c’est faire payer ce qui n’existe pas ; ce qui constitue évidemment une inégalité contraire à la justice... c’est en quoi consiste l’usure. Et comme l’on est tenu de restituer les biens acquis injustement, de même l’on est tenu de restituer l’argent reçu à titre d’intérêt.

Jean Calvin est le premier théologien qui autorisera l'usure au sens ancien, le prêt avec intérêt.

Du point de vue de la foi, nous nous contenterons de souligner que la création de l'argent à partir de rien est un péché (seul Dieu peut créer à partir de rien) et vendre le temps de Dieu est un péché de simonie.

  • Dans l'islam

De même, dans le monde islamique, la riba (ربا‎), l'intérêt est interdit dans la jurisprudence économique islamique et considéré comme un péché majeur - y compris des gains indus dans le commerce ou les affaires généralement par l'exploitation (incluant donc l'emploi). On ne peut faire de bénéfice excessif.

Il y a deux types de riba: une augmentation de capital sans prestation de service et la spéculation - interdite par le Coran et l'échange de biens en quantité inégales - ce qui est aussi interdit par le Coran.

  • Les mathématiques
L'usure (au sens ancien de prêt à intérêt) pose deux problèmes.

- L'argent à rembourser est plus élevé que l'argent créé d'une façon ou d'une autre, il y a forcément un moment où l'argent à rembourser sera plus élevé que l'argent existant, ce qui est impossible dans la mesure où les gens souhaitent réaliser leur capital ou, pour le dire autrement, ce gouffre entre les créances et la solvabilité totale des débiteurs ne peut continuer à fonctionner que dans la mesure où les créanciers ne réclament pas tout de suite leurs dettes.

- Plus inquiétant, si l'on considère la dette totale de tous les êtres humains, de toutes les institutions comme un tout, on arrive à une somme sur laquelle sont prélevés des intérêts chaque année. Les débiteurs remboursent, d'autres s'endettent mais, globalement, le chiffre de la dette totale ne baisse pas et est grevé d'intérêt. Le total des dettes humaines est donc multiplié par 1+TI chaque année, avec TI=taux d'intérêt moyen.

Au bout de n année, la dette totale sera égale à la dette initiale multipliée par 1+TI exposant n. Ceci définit une fonction exponentielle, nécessairement une pyramide de Ponzi.

  • L'économie

Le système de dettes croissantes du fait de taux d'intérêt produit nécessairement une concentration de la richesse.

Les créanciers ont des avoirs qu'ils ont pris du travail des autres, ces créanciers sont rémunérés par des intérêts, ce qui augmente leurs avoirs alors que les débiteurs sont appauvris par les intérêts, ce qui les poussent dans la misère.

La concentration de la richesse oblige les prolétaires à brader leur temps de travail, ce qui augmente le temps d'emploi et diminue le salaire mécaniquement. L'usure a donc un lien avec l'emploi: c'est un moyen de pression sur l'endetté pour qu'il se soumette à la logique de l'activité soumise à l'emploi.

L'interdiction de l'usure (au sens ancien de prêt grevé d'un intérêt, aussi petit soit-il) prend son sens puisque c'est une manière de diminuer la pression de la misère sur les pauvres et d'éviter l'effondrement d'une société du fait de ses inégalités.

Sous le poids de l'usure, la société devient trop inégalitaire. Les outils de production sont accaparés par une petite minorité alors que la grande majorité de la population est écrasée par les dettes. Cette majorité doit se vendre comme esclave à des prix de plus en plus ridicules. La baisse des salaires de la majorité la précipite dans la faim, dans la maladie et dans la misère. La majorité devient improductive alors que les ressources accaparées par une minorité sont laissées en friche. L'économie de la société inégalitaire ploie sous les charges régaliennes nécessaires à maintenir l'ordre face aux tensions sociales nées de l'inégalité. 

Le monde inégalitaire finit toujours par s'effondrer. Les seules interrogations portent sur le moment et la façon.

Marxisme

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Le marxisme est une doctrine économique, sociale et politique. Il s'inspire de Karl Marx.

  • Points de force

Certains aspects du marxisme en font une arme anti-employiste extraordinaire.

- La valeur d'usage est étrangère à la valeur d'échange, à la logique économique. La réflexion économique se cantonne à cette dernière.

- Le surtravail est ce qui est volé au producteur par le propriétaire lucratif.

- Le travail dans le système capitaliste est une exploitation et une aliénation.

- Le salaire ne constitue qu'une partie de ce qui est produit par le producteur.

- Le système capitaliste accapare les ressources naturelles, notamment la terre ou le temps humain.

- La marchandise est un fétichisme, un dieu omniprésent qui cache des mécanismes de domination. Elle se révèle par les prix.

- Les agents économiques sont organisés en deux classes selon les rapports de production. Les bourgeois sont propriétaires d'un outil de production dont l'usufruit leur appartient. Les prolétaires ne sont pas propriétaires de leur outil de production, ils doivent vendre leur force de travail pour survivre. Les classes sociales ne sont pas définies par les individus qui les composent mais par ces rapports de production.

- La philosophie pense le réel en terme dialectique. La pensée pense et dépasse le réel par ses contradictions, elle pense ce qui est et ce qui devient dans ce qui est.

  • Enjeux du marxisme autour de l'emploi

Mais le marxisme voit dans le travail vivant la source de toute valeur. Ceci peut entraîner deux lectures très opposées quant à leurs implications sur le rapport à l'emploi.

- Soit on considère que les producteurs dans l'emploi sont les seuls producteurs de valeur. Les autres êtres humains vivent alors nécessairement à leurs crochets. Cette position amène certains marxistes à se battre pour des aberrations telles que le 'droit' à l'emploi. Cette perspective, si elle peut pleinement se revendiquer de l'illustre penseur - qui n'a jamais abusé personnellement de l'emploi, ce qui lui a permis de penser son œuvre géniale - a le défaut de se mettre sur le terrain de la servilité. Ces marxistes employistes promeuvent alors une servilité à des intérêts actionnariaux difficile à comprendre, ils se retrouvent dans un producialisme de mauvais aloi. Ce marxisme-là peinera à trouver des Spartacus qui réclament des chaînes, moins pesantes, certes, mais aussi liberticides que ne celles de l'emploi, il aura du mal à trouver des esclaves assoiffés d'esclavage, aussi pertinentes et aussi rigoureuses que soient ses analyses. Par ailleurs, cette vision producialiste, comme le producialisme libéral, trie l'humanité en 'bons' et en 'mauvais', elle pose qu'une partie de l'humanité 'coûte' à l'autre (qui est donc tentée de s'en débarrasser).

- Soit on considère que tout être humain produit de la valeur économique par sa vie-même, par son désir, par ses besoins ou par ses actes économiques. La valeur créée par les producteurs hors de l'emploi doit alors être reconnue par un salaire hors de l'emploi. Ce sont des fonctionnaires, des retraités ou des chômeurs, ce sont des médecins, des enseignants ou des hôpitaux qui fonctionnent alors non par une soi-disant ponction sur la valeur ajoutée mais par une reconnaissance économique de la valeur économique créée hors emploi. Cette perspective est proche de celle d'un Bernard Friot, pleinement marxiste et pleinement anti-employiste.

Elle s'appuie sur les cotisations sociales et les salaires socialisés pour les élargir à l'ensemble du salaire. Pour ensuite socialiser l'ensemble de la valeur ajoutée, ce qui est une socialisation des moyens de production en ce compris la force de travail du prolétariat dans et hors emploi.

- Soit on considère que la valeur économique est un piège mortel pour le sujet révolutionnaire. On refonde intégralement la production humaine en faisant l'impasse sur l'échange, sur l'argent et sur la propriété (à tout le moins sur la propriété lucrative). Cette perspective peut également pleinement se réclamer du marxisme et s'inscrire dans un devenir anti-employiste. Elle peut sembler plus abstraite mais, si on considère l'économie domestique, l'économie naturelle, l'équilibre matériel des symbiotes, si on considère les modalités d'apprentissage de la socialisation, du langage ou de la pensée chez les humains pleinement hors de l'économie, si l'on considère ce qui motive les agents économiques, leurs pulsions, leurs désirs, leurs hantises les plus profondes, il faut bien reconnaître que l'économie elle-même repose sur du non économique ou, en termes marxiens, la valeur d'usage et la valeur d'échange entretiennent un rapport asymétrique, la valeur d'usage fonde la valeur d'échange mais n'a nullement besoin d'elle pour exister. De même, le travail (notamment le travail hors emploi, le travail gratuit) fonde le capital mais le capital est absolument inutile au travail.

En un mot, c'est le vénal qui utilise le gratuit et non l'inverse.

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Je suis allé voir la maison Karl Marx à Trèves. Cette charmante demeure a été transformée en musée. Curieusement, le musée tente de faire le lien entre le philosophe du dix-neuvième siècle et un parti devenu résolument bourgeois (et employiste), le SPD.

Mais, indépendamment de cette curieuse orientation, j'y ai vu un schéma intéressant que je reproduis ci-dessus.


en français, cela donnerait ceci:

sur le même modèle, nous avons réfléchi à l'emploi (Lohnarbeit):


Monétarisme

Doctrine économique qui enjoint de tout sacrifier pour que l'argent conserve sa valeur, pour éviter l'inflation.

On citera, notamment, pour maintenir la valeur de l'argent

- le maintien d'un taux de chômage élevé (c'est la théorie du NAIRU)

- une politique favorable aux propriétaires et défavorable aux producteurs (voir l'exemple letton ici)

- une politique d'austérité, de compression des dépenses publiques et, de manière plus générale, une politique qui s'inscrit en plein dans le consensus de Washington.

Le but est de maintenir la valeur des avoirs des propriétaires lucratifs aussi élevée que possible, quitte à sacrifier l'ensemble de l'économie productive. La politique monétariste induit une déflation, ce qui fait exploser les dettes publiques et privées. Cette explosion amène à couper le robinet du crédit à terme, ce qui paralyse l'activité économique et amène une crise de surproduction.

La politique monétariste est gravée dans le marbre de tous les traités européens. Elle a logiquement créé une crise de surproduction à l'échelle du continent, elle a créé une concentration de richesse considérable et un chômage de masse.

Investissement

De manière générale

S'investir dans quelque chose, dans un projet, c'est donner de sa personne, de son énergie, de son temps. Ce type d'investissement permet de donner un prix à un projet, de se montrer généreux ou de consacrer l'importance de ce dans quoi l'on s'investit. Rien à voir avec de la cupidité a priori.

  • Économie

L'investissement en économie est un placement de capital dans un outil de production pour en retirer du profit. L'investissement permet de maintenir la productivité de l'outil de production face à la concurrence. Comme la valeur ajoutée se distribue entre les profits, les salaires et l'investissement, ces placements économiques sont tournés vers les profits à terme au détriment des salaires et des profits immédiats.

  • Propriété

L'investissement est un vol puisqu'il s'agit d'un mode d'accaparement de la valeur ajoutée produite par les travailleurs. L'investissement devient propriété du propriétaire lucratif de l'outil de production, de l'actionnaire alors que la valeur ajoutée est produite par les producteurs.

  •  Démocratie

Comme les producteurs sont exclus du contrôle et des décisions sur cette partie de la valeur ajoutée qu'ils produisent. Ils demeurent mineurs économiques, exclus de toute démocratie dans leur entreprise alors qu'ils produisent les investissements.

L'absence de contrôle des investissements par les producteurs empêche toute considération de leurs intérêts propres, à savoir, la qualité des conditions de travail, la préservation des ressources naturelles communes ou la préservation de la santé psychique et physique des producteurs.

  • Surproduction

La crise de surproduction diminue l'intérêt de l'investissement ce qui, combiné à la déflation salariale, anémie la demande. Les industries diminuent leur demande en même temps que les individus - les investissements privés sont donc pro-cycliques, ils renforcent le caractère cyclique de l'économie, augmentent l'amplitude des crises.

  • Inflation

Selon Friedman, toute dépense génère de l'inflation. Ce point de vue fait l'impasse sur le temps long de l'économie. Il révèle un rapport de culpabilité avec toute dépense d'argent puisque, dans son modèle, toute dépense génère de l'inflation, quelle qu'elle soit. Cette vision ne survit pas à un examen un peu minutieux.

Prenons un exemple. Si j'isole mon toit, je vais dépenser de l'argent. Cette dépense va faire pression sur l'offre et la demande: elle augmentera la demande sans augmenter l'offre  et aura tendance à augmenter les prix. À terme, l'isolation du toit va déprimer ma demande de gaz, ce qui poussera les prix vers le bas.

Nous distinguerons les dépenses et les investissements. Les dépenses sont des investissements inflationnistes et les investissements sont des dépenses déflationnistes.

  • Les investissements

Les investissements peuvent être de deux types.

- Des dépenses qui vont réduire les dépenses futures, la demande future.

Ces dépenses vont donc à terme contracter la demande, ce qui poussera les prix vers le bas. Il peut s'agir d'investissement dans les entreprises pour rendre l'outil de production plus performant, moins gourmand en énergie; il peut s'agir d'investissement de particuliers pour économiser leur consommation ou il peut s'agit d'investissements publics dans des infrastructures.

- Des dépenses qui vont augmenter la production de valeur future, l'offre future.

Il s'agit alors d'améliorer la productivité d'un outil de production. Pour un particulier, il peut s'agir de l'acquisition d'un moyen de transport qui lui permette de travailler plus loin (et avec un meilleur salaire). Pour la collectivité, les dépenses qui vont le plus augmenter la valeur ajoutée produite seront les soins de santé (qui rendront les travailleurs plus efficaces); l'enseignement et l'éducation (dans la mesure où ils correspondent à une augmentation des qualifications individuelles et non à une conformation à des postes, ce qui n'augmente pas la valeur ajoutée).

Il importe effectivement de considérer les acquis de qualification individuelle comme les seuls capables de créer de la valeur ajoutée hors augmentation du temps de travail. 

  • Les dépenses

Nous définirons par contre les dépenses comme des acquisitions économiques inflationnistes.

- Les infrastructures de transport augmentent la mise en concurrence des producteurs.

Avec la concurrence accrue, la valeur ajoutée créée par unité de temps de travail diminue. Comme la valeur ajoutée globale diminue sans que la demande ne diminue, les prix auront tendance à augmenter.

 - Les très hauts revenus vont être consacrés à des dépenses somptuaires.

Celles-ci vont consommer énormément d'énergies non renouvelables - ce qui est inflationniste - et mobiliser la machine économique à des tâches ponctuelles dans une destruction dans un sacrifice rituel, dans un potlatch. Ces dépenses augmentent la demande brutalement sans générer la moindre offre et sont donc inflationnistes.