Cortex Cingulaire

Notes liminaires 

Cet article est inspiré par le livre de Sébastien Bohler, Où est le sens ?. Il s'agit de vulgarisation de notions de neurologie par une personne sans expertise particulière sur le sujet. Pour des informations plus précises sur les notions évoquées, merci de vous référez au livre mentionné ou aux interventions publiques de l'auteur.

Le cortex cingulaire 

Au cœur du cerveau, un structure héritée de l'évolution régit nos comportements. Le cortex cingulaire ne s'allume qu'en cas d'alarme. Si on se met dans la peau d'un chasseur-cueilleur, d'une chasseuse-cueilleuse de l'âge de la pierre, tel territoire, telle configuration, telle empreinte, telle situation aura tel et tel effet. La réalité, quand elle demeure prévisible, ou compatible avec ce que le cerveau peut anticiper, ne déclenche pas le cortex cingulaire. Vient à se passer quelque chose d'imprévisible ou, pire, opposé à ce qui était prévu, et le cortex s'allume. Le sujet est alors placé dans le plus grand des inconforts.

Pour pallier l'imprévisibilité du monde, le cortex (ou plutôt ses propriétaires, c'est-à-dire nos ancêtres et, par hérédité, nous mêmes) a développé des stratégies pour se tranquilliser face aux inévitables imprévus de la vie. 

Il s'est d'abord tourné vers la vie sociale - foisonnante et nécessaire chez les sapiens sapiens. Un cercle de proches - jusqu'à 150 personnes, semble-t-il - demeure maîtrisable. Le cortex cingulaire peut anticiper ses réactions, il sait comment vont interagir les membres avec lui et peut anticiper sans trop de risque d'erreur.

 L'anonymat des premières cités antiques massives a contraint nos ancêtres à se tourner vers un plan b face à des concitoyens qui, par le nombre même, cessaient d'être prévisibles. Il a alors recours à la religion, la spiritualité, le culte ou n'importe quelle institution de ce genre qui, par ses rites et ses prescriptions, donne de la prévisibilité aux actions des inconnus.

Faute de religion, la technique (maîtrise de l'environnement), les stratégies narcissiques (dont la consommation), le complotisme ou l'addiction peuvent constituer des plans c, d, e ...

L'idée est de construire une interprétation du monde qui en épuise l'imprévisibilité. Rassurer un besoin de savoir malmené par une course du monde décidément chaotique s'est imposé comme stratégie selon différentes formes, adaptées à chaque génération, à chaque contexte socio-économique. 

L'accumulation comme stratégie du cortex cingulaire

 Accumuler les choses, les avoirs, les biens dans une courses absurde à l'abîme peut certes sembler rassurer nos pauvres cortex malmenés par les incertitudes de la situation économique (la compétition) ou politique. Mais cette attitude d'une part entretient le système économique à la base du stress et, d'autre part, ne rassérène jamais complètement puisque la possession matérielle ne rassure qu'à la marge. Elle ne prend notamment pas en charge, pour reprendre les différentes strates des stratégies d'apaisement du cortex cingulaire, le besoin de lien social, de sens métaphysique (voire éthique), la confiance en soi ou la simple jouissance.

Le cortex cingulaire comme résistance à l'ordre capitaliste

Besoin de sens, confiance en soi, aspiration à des valeurs métaphysique, liens humains incarne autant de facettes de ce qui est devenu, par la force des choses dans le capitalisme tardif, des résistances à un ordre. Les liens humains s'opposent aux profits des tech bro', la confiance en soi lamine la consommation de médicaments indispensables aux profits de l'industrie pharmaceutique, etc. Et, puis, plus fondamentalement, un être qui serait sûr.e de lui ou d'elle, qui aurait des ami.e.s et des appuis, dont la vie serait porteuse de sens, deviendrait pour ainsi dire inemployable. Cette personne n'aurait guère envie d'être employée et n'en aurait pour ainsi dire pas besoin.